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06.02.2012, 08:18 - Suisse
Actualisé le 06.02.12, 08:34

Vacances: les milieux économiques luttent contre l'initiative

Les milieux économiques font le forcing contre l'initiative des syndicats pour un passage à six semaines de vacances pour tous. Et ils semblent gagner du terrain selon un récent sondage.
Crédit: KEYSTONE

Un sondage relève que les milieux économiques gagnent du terrain contre l'initiative pour six semaines de vacances.

Les efforts des milieux économiques pour éviter que la population ne cède aux sirènes des six semaines de vacances pour tous les travailleurs semblent porter leurs fruits. A un mois des votations du 11 mars, l'initiative des syndicats est mal partie, d'après un récent sondage.

Depuis 1984, la loi accorde un minimum de quatre semaines de vacances par an à tous les travailleurs. Les jeunes ont droit à cinq semaines jusqu'à 20 ans. Mais diverses branches et administrations publiques offrent davantage de jours fériés à leurs employés, portant la moyenne nationale à cinq semaines par an.

L'initiative populaire, lancée sous la houlette de l'organisation faîtière syndicale Travail.Suisse, vise à accorder au moins six semaines de vacances payées à tous. En comparaison internationale, la Suisse caracole en tête pour ce qui est de la durée de travail hebdomadaire et figure à la traîne pour les congés payés.

Stress coûteux

Un tiers des personnes actives souffrent du stress au travail, une tare qui occasionne des coûts évalués à 10 milliards par an environ, fait valoir le comité d'initiative. Dès 55 ans, 20% des hommes sont à l'assurance invalidité.

Il est temps que les travailleurs récoltent les fruits de la croissance de leur productivité, qui a bondi de 20% entre 1992 et 2007. Puisque les salaires réels n'ont progressé que de 4,3% dans le même temps, il faut agir sur les vacances qui n'ont pas bougé depuis bientôt 30 ans, estiment les syndicats et le camp rose-vert.

L'entrée en vigueur de l'initiative serait échelonnée: dès l'an prochain, le droit légal passerait à cinq semaines pour tout le monde puis, à raison d'un jour de plus par an, à six semaines en 2018. Une semaine de vacance supplémentaire reviendrait à 2% de la masse salariale ou 6,8 milliards de francs au total.

Trop cher

Le camp bourgeois, la droite, les milieux économiques et le Conseil fédéral jugent que la facture est trop salée. En particulier pour les PME, qui risquent de supprimer nombre d'emplois ou de délocaliser. L'idée intervient au plus mauvais moment, avec la crise du franc fort.

Les opposants refusent de croire à un effet bénéfique du passage à 6 semaines de vacances sur la santé des employés. L'allongement de congés pousserait les PME à augmenter la cadence avant et après les vacances, selon eux. Au lieu d'apporter davantage de repos, l'initiative signifierait donc plus de stress.

En outre, les salariés préfèrent aujourd'hui d'autres méthodes de compensation que des vacances. Par exemple des horaires flexibles. L'initiative est certes «sympathique», mais elle risque de se retourner contre les travailleurs, a dit la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Le gouvernement doute que l'obligation de prendre plus de vacances soit la bonne réponse au problème du stress. L'initiative ne précise pas comment les absences prolongées dues aux congés supplémentaires devraient être compensés.

Sondage défavorable

«Le Conseil fédéral et le Parlement ne sont pas opposés aux vacances», affirme la socialiste. Ils ne souhaitent cependant pas inscrire des semaines supplémentaires dans la constitution fédérale.

La population ne semble quant à elle plus vraiment séduite par l'idée. Alors que les sondages donnaient jusqu'ici l'initiative gagnante, l'enquête SRR publié vendredi passé ne lui accorde plus que 39% de «oui», contre 55% d'avis défavorables. Les prochaines semaines seront cruciales. Mais les moyens des syndicats risquent de ne pas suffire face aux efforts déployés par les milieux économiques.

 

Les initiatives pour plus de temps libre ont souvent échoué

Les initiatives populaires visant à réduire le temps de travail ou à allonger les vacances ont connu de mauvais résultats dans les urnes. Seul le texte faisant du 1er août un jour férié a été accepté. Tous les autres ont été nettement rejetés.

3 mars 2002: le texte «pour une durée du travail réduite» de l'Union syndicale suisse (USS), qui vise à introduire une semaine de 36 heures, est rejeté par 74,6% des votants. Aucun canton ne vote en faveur de l'initiative.

26 septembre 1993: l'initiative «pour un jour de la fête nationale férié» de l'Action nationale (aujourd'hui Démocrates suisses) est accepté par 83,8% des votants. Tous les cantons votent oui.

4 décembre 1988: l'initiative «pour la réduction de la durée du travail», de l'USS, qui milite en faveur d'une semaine de 40 heures de travail est rejetée par 65,7% de la population. Seuls les Jurassiens et les Tessinois votent pour le texte.

10 mars 1985: l'initiative «extension de la durée des vacances payées» du PS et des syndicats échoue avec 62,2% de «non». Là également, seuls le Tessin et le Jura se prononcent en faveur du projet. Le Conseil fédéral et le Parlement avaient auparavant augmenté le minimum légal des vacances dans le code des obligations.

5 décembre 1976: le texte «pour l'introduction de la semaine de travail de 40 heures» des partis de gauche Ligue révolutionnaire marxiste et Organisations progressistes de Suisse est balayé par 78% des votants. Aucun canton ne se prononce en sa faveur.

26 octobre 1958: l'initiative «pour l'introduction de la semaine de 44 heures» de l'Alliance des Indépendants est refusée par 65% des voix. Elle n'obtient une majorité de «oui» que dans le canton de Bâle-Ville.

Plus de succès pour les référendums

Les travailleurs et les syndicats ont eu plus de succès quand ils ont soutenu des lois combattues par des référendums. Ils ont d'une part contribué à des avancées législatives limitant le temps de travail (loi concernant le travail dans les fabriques, 1877; loi sur la durée du travail dans l'exploitation des chemins de fer et autres entreprises de transport et de communication, 1920).

D'autre part, ils ont combattu avec succès des tentatives visant à amoindrir la protection des travailleurs dans ce domaine (révision de la loi sur les fabriques, 1924; révision de la loi sur le travail concernant le travail de nuit et le dimanche, 1996) en lançant eux- mêmes le référendum.

Par ats



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